La Panhard CD est un coupé sportif français dessiné par Charles Deutsch, taillé pour l’aérodynamique et engagé aux 24 Heures du Mans 1962. Son secret : un modeste moteur bicylindre Panhard associé à une carrosserie au profil ultra-effilé, qui lui permit de gagner sa classe et l’Indice de Performance. Produite à environ 184 exemplaires, elle reste une légende d’ingénieur.
🏁 L’essentiel à retenir
La CD est la victoire de l’intelligence aérodynamique sur la puissance. Les points clés :
- L’homme : Charles Deutsch, ingénieur obsédé par la traînée minimale.
- Le paradoxe : un petit bicylindre, des vitesses de pointe étonnantes.
- L’exploit : victoire de classe et Indice de Performance au Mans 1962.
- La rareté : environ 184 exemplaires, sur deux ans seulement.
Panhard CD : un coupé conçu en deux mois
L’histoire de la CD est celle d’un sprint d’ingénierie. Fin 1961, l’association entre Charles Deutsch et René Bonnet, qui formait la marque DB, prend fin. Panhard se tourne alors vers Deutsch pour concevoir un successeur à la DB HBR 5, en vue des 24 Heures du Mans 1962. Le feu vert n’est donné que fin janvier 1962.
Le délai est minuscule. En deux mois à peine, Deutsch et son équipe conçoivent une voiture entièrement nouvelle, présentée à la presse le 16 mai 1962. Les journalistes peinent à croire qu’un tel projet ait pu naître fin janvier. Cette rapidité témoigne de la maîtrise technique de Deutsch, qui réutilise intelligemment la mécanique Panhard pour gagner du temps.
Le nom, CD, reprend les initiales de l’ingénieur. C’est une signature autant qu’une marque : la voiture incarne sa philosophie, celle de l’efficacité aérodynamique poussée à l’extrême plutôt que de la course à la cylindrée. Cette approche d’outsider rappelle l’esprit d’autres privés du Mans, comme plus tard les prototypes Spice du Groupe C.
L’aérodynamique comme religion
Tout, dans la CD, sert à fendre l’air. Le dessin de la carrosserie est confié à Deutsch, à l’aérodynamicien Lucien Romani et à son protégé Marcel Hubert. Le résultat est spectaculaire : phares entièrement carénés, flancs lisses, jupes recouvrant les roues avant et arrière, soubassement plat doté d’une section formant diffuseur à l’arrière.
Deux grandes dérives verticales complètent la silhouette, assurant la stabilité à haute vitesse dans la ligne droite. Cette recherche de traînée minimale donne à la CD son profil de goutte d’eau, immédiatement reconnaissable. La carrosserie est moulée en fibre de verre, matériau léger qui sert l’obsession du poids plume.
Le contraste avec la mécanique est saisissant. Sous cette robe étudiée se cache un simple bicylindre à plat refroidi par air, hérité de Panhard. Là où ses rivales alignaient des cylindrées bien supérieures, la CD compensait par sa finesse aérodynamique et sa légèreté. Le pari, audacieux, prouvait qu’une faible puissance bien exploitée pouvait rivaliser avec la force brute.
L’exploit du Mans 1962
Le verdict tombe sur la piste. Quatre CD sont engagées aux 24 Heures du Mans des 23 et 24 juin 1962. La voiture numéro 53, pilotée par Bertaut et Guilhaudin, termine 16e au classement général, un résultat remarquable pour une si petite cylindrée.
Surtout, cette numéro 53 remporte sa catégorie et décroche l’Indice de Performance, distinction qui récompense le meilleur rapport entre la performance réalisée et la cylindrée engagée. Pour une voiture mue par un bicylindre, c’est la consécration : la preuve éclatante que la philosophie de Deutsch fonctionnait. L’aérodynamique avait battu la puissance à son propre jeu.
Ce succès en course nourrit la légende de la CD bien au-delà de ses ventes. Il inscrit la voiture dans la grande tradition française des petites cylindrées efficaces au Mans, dont Panhard fut longtemps un acteur majeur.
La version civile et la fin de l’aventure
Fort de ce résultat, Panhard décide de proposer une version civile de la CD. Mais les ennuis commencent dès la production : les difficultés à fabriquer les carrosseries en fibre de verre retardent les premières livraisons jusqu’en avril 1963. L’élan est brisé.
Les chiffres disent la suite. De 1963 à juillet 1965, 179 voitures civiles sont vendues, réparties en 122 GT et 57 Rallye, auxquelles s’ajoutent cinq CD Dyna, pour un total d’environ 184 exemplaires. La belle idée sur le papier vire au cauchemar industriel, commercial et financier. Commercialisée seulement deux ans, la CD est abandonnée.
Cette carrière éclair fait aujourd’hui sa valeur. Rare et chargée d’histoire, la Panhard CD est une pièce convoitée, dont la restauration exige une vraie connaissance de la fibre et de la mécanique Panhard, le terrain d’un garage spécialisé en voiture de collection. Pour la faire rouler en règle, les démarches rejoignent celles d’une carte grise de collection en restauration.