Le René Bonnet Djet est considéré comme la première voiture de route de série à moteur central arrière au monde, lancée en 1962, puis reprise par Matra. Le Club D’Jet, créé en 1985, est le plus ancien club dédié à cette pionnière : il fédère les propriétaires autour de la restauration, des pièces rares et de la mémoire du modèle. Une voiture d’avant-garde, une communauté soudée.
🏎️ L’essentiel à retenir
Le Djet a inventé une architecture, le Club D’Jet la fait vivre. Les points clés :
- La première : voiture de série à moteur central arrière, dès 1962.
- Deux constructeurs : René Bonnet, puis Matra à partir de 1965.
- Le club : le Club D’Jet, fondé le 28 février 1985, le plus ancien.
- Sa mission : conseil, pièces et documentation pour les propriétaires.
René Bonnet Djet : la première à moteur central
Le Djet entre dans l’histoire par une innovation majeure. Lancé par René Bonnet en juin 1962, il est reconnu comme la première voiture de route produite en série à adopter un moteur en position centrale arrière, devant l’essieu. Cette architecture, qui place le moteur au cœur de la voiture pour équilibrer les masses, deviendra la norme des sportives, mais le Djet l’a osée le premier.
Le nom lui-même raconte une ambition. Écrit Djet, il se prononce comme le mot anglais jet, pour évoquer la vitesse et la modernité aéronautique. La voiture est légère, basse, et reçoit une carrosserie en fibre de verre, choisie pour son poids réduit et sa facilité de réparation. Ces caisses étaient produites par la filiale plastique de Matra, à Romorantin.
Cette avance technique n’a rien d’un hasard. René Bonnet venait de l’aventure DB, l’association Deutsch-Bonnet, où l’on cultivait déjà l’obsession de la légèreté et de l’efficacité. Après la séparation des deux hommes, chacun poursuivit sa voie : Charles Deutsch vers la Panhard CD, René Bonnet vers le Djet.
De René Bonnet à Matra
Le succès technique ne suffit pas toujours. Entre 1962 et 1964, environ 198 René Bonnet Djet sont vendus, dont la majorité en version Djet I de 65 chevaux. Mais René Bonnet rencontre des difficultés financières, alors même que Matra lui fournit les carrosseries et l’usine.
En octobre 1964, Matra franchit le pas et reprend René Bonnet Automobiles. La production du Djet original s’arrête en décembre 1964. L’histoire aurait pu s’achever là, mais Matra croit au modèle et relance la fabrication dès avril 1965, avec deux nouvelles versions, le Matra-Bonnet Djet V et le Djet V S.
Sous la bannière Matra, le Djet connaît une seconde vie commerciale. Près de 1 491 exemplaires sont écoulés en tant que Matra Djet entre 1965 et 1968. Cette filiation explique la richesse des appellations, René Bonnet Djet, Matra-Bonnet Djet, Matra Djet, que les collectionneurs apprennent à distinguer avec soin.
Le Club D’Jet, gardien de la mémoire
Préserver une voiture aussi rare demande une communauté organisée. Le Club D’Jet, créé le 28 février 1985, est le plus ancien club dédié au modèle. Basé en Loire-Atlantique, il réunit propriétaires et passionnés de René Bonnet Djet, Matra-Bonnet Djet et Matra Djet, et leur apporte conseils, informations et documentation pour restaurer et faire rouler leurs voitures.
Le club ne travaille pas seul. En France, plusieurs structures fédèrent ces autos : le Club D’Jet, le Club RBMS basé à Romorantin-Lanthenay et fondé par un ancien de Matra Automobiles, ou encore l’Amicale DB pour les Deutsch-Bonnet. Affiliés à la Fédération française des véhicules d’époque, ces clubs sont une ressource précieuse, notamment pour la recherche de pièces introuvables ailleurs.
Adhérer à un tel club change la vie d’un propriétaire. Documentation technique, entraide entre membres, plans de pièces et adresses d’ateliers compétents : autant d’atouts pour mener une restauration sans s’isoler. C’est aussi par ces réseaux que se transmet la connaissance fine du modèle, indispensable pour préserver une pièce d’histoire.
Restaurer et rouler en Djet aujourd’hui
Le Djet reste une ancienne exigeante mais attachante. Sa carrosserie en fibre de verre élimine le risque de corrosion de la caisse, mais impose des techniques de réparation spécifiques. La mécanique et certaines pièces, propres à une production confidentielle, se font rares, d’où l’intérêt vital des clubs et des spécialistes.
Pour qui rêve d’acquérir cette pionnière, l’accompagnement d’un garage spécialisé en voiture de collection et l’appui d’un club font la différence entre un projet abouti et un casse-tête. Côté administratif, l’âge du Djet ouvre droit à la carte grise de collection, dont les démarches sont détaillées dans notre dossier sur la restauration sans contrôle technique. Rouler en Djet, c’est entretenir une première mondiale française.