Spice Groupe C désigne les prototypes d’endurance de Spice Engineering, écurie privée britannique fondée en 1985 par Gordon Spice et Ray Bellm. Spécialiste de la catégorie C2, le petit Groupe C, l’équipe a conçu une lignée de voitures, de la SE86 à la SE90, qui ont battu des constructeurs aux moyens bien supérieurs. L’histoire d’un David face aux Goliath de l’endurance.
🏁 L’essentiel à retenir
Spice incarne l’âge d’or du privé en endurance. Les points clés :
- Une écurie de pilotes : fondée en 1985 par Gordon Spice et Ray Bellm.
- Le territoire C2 : la classe budget du Groupe C, où l’astuce battait les millions.
- Une lignée maison : les SE86 à SE90, à moteurs Ford-Cosworth puis clients.
- Une légende vivante : ces prototypes courent encore en historique.
Spice Engineering : du pilote au constructeur
L’aventure démarre en 1985. Gordon Spice, pilote britannique chevronné, s’associe à Ray Bellm pour engager une écurie en championnat du monde des voitures de sport. Les débuts se font au volant de châssis Tiga, dans la catégorie C2, la classe la moins richement dotée du Groupe C. L’ambition, elle, vise déjà plus haut.
Dès 1986, Spice franchit le pas et construit sa propre voiture, la SE86. Le choix technique est malin : un moteur Ford-Cosworth en championnat du monde, et des blocs Pontiac pour la catégorie GTP Lights du championnat américain IMSA. La SE86C, dessinée avec le soutien de Pontiac, reprenait même une silhouette évoquant la Pontiac Fiero pour satisfaire son sponsor.
Ce positionnement de privé débrouillard devient la marque de fabrique de Spice. Sans les budgets de Porsche ou Jaguar, l’écurie mise sur l’efficacité aérodynamique, la fiabilité et la finesse de réglage. Le récit de cette épopée, raconté notamment par le média News d’Anciennes, illustre comment une petite structure pouvait encore peser face aux usines.
Les modèles SE86 à SE90
La force de Spice tient dans sa lignée cohérente de prototypes, déclinée année après année. La SE86C ouvre le bal en 1986 en C2. Suivent la SE87C en 1987, la SE88C en 1988, puis la SE89 en 1989, chaque évolution affinant l’aérodynamique et la mécanique sans tout révolutionner.
La SE90, dessinée par Graham Humphrey pour la saison 1990, marque l’aboutissement de cette philosophie. Elle existe en deux déclinaisons selon le championnat visé : la SE90C pour les classes C1 et C2 du championnat du monde, et la SE90P pour les catégories GTP et GTP Light de l’IMSA américain. Cette modularité permettait de vendre les voitures à des équipes clientes des deux côtés de l’Atlantique.
La production reste artisanale, à l’image de la structure. Une dizaine de SE90 seulement ont été assemblées, le dernier châssis sortant en 1990. Cette rareté, conjuguée au palmarès, explique l’attrait actuel des Spice auprès des collectionneurs de prototypes, un univers exigeant que connaissent bien les garages spécialisés en voitures de collection.
Un palmarès qui force le respect
Le vrai exploit de Spice se mesure à son palmarès en C2. L’écurie y décroche plusieurs titres mondiaux dans cette catégorie, ce qui lui vaut le statut de référence du petit Groupe C selon les historiens de l’endurance. Battre des adversaires mieux financés, saison après saison, dans une discipline aussi exigeante que l’endurance, relevait de la prouesse.
Cette réussite s’est aussi exprimée aux 24 Heures du Mans, épreuve où la catégorie C2 se disputait âprement. Les Spice y ont brillé en classe, transformant une écurie de privés en nom respecté du paddock. L’endurance des années 1980, âge d’or du Groupe C, doit une partie de sa légende à ces outsiders capables de tenir tête aux usines.
Aujourd’hui, l’héritage Spice se prolonge dans les grilles de courses historiques, où les prototypes du Groupe C font un retour remarqué. Posséder ou faire courir une Spice, c’est entretenir une page de l’histoire où l’ingéniosité primait sur le budget, une valeur qui parle à tout amateur d’anciennes, qu’il roule en prototype ou en berline de collection.
La fin du Groupe C et l’après-Spice
Le Groupe C s’éteint au début des années 1990. La réglementation évolue vers des moteurs atmosphériques de Formule 1, les coûts explosent, et les grilles se vident. Cette mutation emporte la plupart des écuries privées, Spice comprise, dont l’activité de constructeur ralentit avec la disparition de la catégorie qui avait fait sa réputation.
L’aventure laisse pourtant une trace durable. Spice reste citée comme l’exemple type du privé qui a su rivaliser avec les usines, à une époque où la créativité technique pouvait encore compenser un budget modeste. Pour le collectionneur d’aujourd’hui, une Spice n’est pas seulement un prototype rapide : c’est le témoin d’un endurance révolu, où l’écart entre un petit atelier et un géant industriel se jouait sur la piste. Cet attrait patrimonial rejoint celui de toute ancienne soignée, dont la conservation passe par des démarches de carte grise adaptées.